Mes petites Zéatitudes

J’utilise ce mot-valise pour parler des livres dans lesquels j’aime replonger régulièrement. Pas forcément pour les relire de bout en bout mais souvent pour en extraire une phrase ou un chapitre. J’y grappille à mon aise, comme si je retrouvais de vieux complices. D’où le sentiment de bien-être – béatitude – doublé d’une paisible satisfaction.

Ce petit groupe n’est pas statique, il m’arrive d’intégrer ou retirer des « membres » de ce petit club très privé 😊 Mes Petites Zéatitudes actuelles sont :

Parce que c’est beau

Les Contemplations de Victor Hugo – Librairie Générale Française, 1985, Le Livre de Poche

« Par un côté pourtant l’homme est illimité. Le monstre a le carcan, l’homme a la liberté.

Songeur, retiens ceci : l’homme est un équilibre.

L’homme est une prison où l’âme reste libre »

(extrait d’Au bord de l’infini – livre XXVI – Ce que dit la bouche d’ombre – page 498)

 

Parce que c’est magistral

La raison d’être de la littérature – Discours de Gao Xingjian lorsqu’il a reçu le prix Nobel de littérature en 2000 – Editions de l’Aube poche

« Les actes des hommes sont si inexplicables, l’homme a du mal à se comprendre lui-même, la littérature n’est en fait que l’observation de l’homme par lui-même, et quand l’homme s’examine, germe alors un brin de conscience qui éclaire son soi »

(extrait du discours prononcé devant l’Académie suédoise le 7 décembre 2000 – page 24
Traduit du chinois par Noël et Liliane Dutrait)

 

Parce que c’est brillant

Fictions de Jorge Luis Borges – nouvelle édition augmentée Gallimard (1983) – Folio

« Quand on proclama que la Bibliothèque comprenait tous les livres, la première réaction fut un bonheur extravagant. Tous les hommes se sentirent maîtres d’un trésor intact et secret. Il n’y avait pas de problème personnel ou mondial dont l’éloquente solution n’existât quelque part : dans quelque hexagone. L’univers se trouvait justifié, l’univers avait brusquement conquis les dimensions illimitées de l’espérance »

(extrait de La Bibliothèque de Babel – page 76
Traduit de l’espagnol par P. Verdevoye, Ibarra et Roger Caillois)

 

Parce que c’est sage

Pensées pour moi-même de Marc Aurèle, suivies du Manuel d’Epictète – Garnier-Frères Paris 1964, Edition Flammarion 1992

« La sphère de l’âme reste semblable à elle-même lorsque, sans s’étendre au-dehors ni se concentrer au-dedans, sans s’éparpiller ni se contracter, elle s’éclaire d’une lumière qui fait voir la vérité, celle de toutes choses et celle qui est en elle »

(Livre XI (XII) Marc-Aurèle – page 159)

Et Epictète :

« Un tel ne t’a pas invité à un repas ? C’est que tu n’as pas donné à celui qui convie, le prix qu’il vend son repas. Il le vend contre des compliments ; il le vend contre des prévenances. Paye, si tu trouves avantage, le prix auquel il vend. Mais si tu veux à la fois ne rien payer et recevoir, tu es un insatiable et un sot »

(Livre XXV-4 Manuel d’Epictète – page 193)

Et aussi Marc-Aurèle qui cite Epictète, dans son Livre IV (XLI) – page 67 : « Tu n’es qu’une âme chétive qui soulève un cadavre : comme disait Epictète »

 

Parce que c’est doux et vibrant

La Petite Seconde d’Anne Fontaine –  Editions de l’Aire 1980

« Pourtant, un jour, nous serons ce mort qui ne participe plus. Qui ne cherche ni ne retrouve le temps. De paradoxe, il n’y en a point encore. Notre mort est née avec nous » – page 62

Extrait de la quatrième de couverture : « Le vrai personnage de ce récit, c’est le temps. Nous y insérons notre saga et nos métamorphoses. Il en est de grandioses : celle d’Alexandre le Grand ou de Saint-François. Il en est d’autres, si modestes, qui ne laissent pas plus de trace que la brise dans l’herbe haute. Toutes sont pareillement indispensables. Pas un grain de sable, pas une poussière ne doivent manquer aux couches géologiques. Pas un soupir, pas une voix pour la grande aventure de l’homme dans le temps »

Un grand merci à mon amie Olga
qui m’avait offert ce livre dont les mots n’ont cessé de palpiter dans mon cœur.
Il y a longtemps maintenant qu’elle a rejoint les arcs-en-ciel qu’elle aimait tant.